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jeudi 29 mars 2012

"Les années douces" d'Hiromi Kawakami



"Les années douces" d'Hiromi Kawakami, Picquier poche, 2005, 284 p.

Tsukiko fait un étrange constat en rencontrant un ancien camarade de classe, tout le monde gagne en maturité au fil des années, sauf elle, qui, le temps passant, devient de son propre aveu, de plus en plus puérile. 
Peut-être est-ce la raison qui la pousse à tant apprécier la compagnie du Maitre, un de ses anciens enseignants, qu'elle croise et recroise dans le "bistrot" où elle va régulièrement prendre un verre après le travail. (on trouve au Japon des établissements, mi-café mi-troquet, où les gens se rendent après le travail pour boire et accompagner le tout de délicieux snacks salés selon la saison)

Voilà un livre particulier. 
D'un point de vue scénaristique, rien de bien intéressant, on a presque là un "schéma type d'histoire japonaise" brut. Les personnages ne sont pas non plus très creusés et ce n'est pas leur réflexion ou leur caractère qui arrête le lecteur.
C'est l'évocation de minuscules moments, petits plaisirs et petites peines qui crée une ambiance presque vaporeuse dans laquelle il est bien agréable de se retrouver. Il est vrai que les multiples descriptions donnent soif et faim ! On a envie d'y être, et quelque part on y est ! Tsukiko n'est pas définie par des détails sur sa vie ou autre, mais par sa façon de déambuler, ressentir...Tout est une question de point de vue, et celui de Tsukiko est vraiment à part, un peu enfantin, un peu onirique...
Cette atmosphère fait largement passer le reste, qui autrement m'aurait lassé par son relent de film sentimental sans suspens.

à conseiller à des lecteurs qui aiment prendre le temps, savourer des scènes, rêvasser... plutôt qu'à des accros de scénario !

mercredi 4 janvier 2012

"Les tribulations d'une caissière" d'Anna Sam

Les tribulations d'une caissière d'Anna Sam, Le Livre de Poche, 2009, 185 p.

Présentation de l'éditeur : 
" Elle s’appelle Anna, elle a vingt-huit ans, un diplôme universitaire de littérature et huit ans d’expérience derrière une caisse de supermarché. Un métier peu propice aux échanges, ponctué de gestes automatiques…
Anna aurait pu se sentir devenir un robot si elle n’avait eu l’idée de raconter son travail, jour après jour.
Elle vous a vu passer à la caisse. Vous avez été des clients faciles ou des emmerdeurs, riches ou pauvres, complexés de la consommation ou frimeurs. Vous l’avez confondue avec une plante verte ou vous lui avez dit bonjour, vous avez trépigné à l’ouverture du magasin ou avez été l’habitué nonchalant des fermetures. Anna, vous l’avez draguée, méprisée, insultée.
Il ne se passe rien dans la vie d’une caissière ? Maintenant, prenez votre chariot et suivez Anna jusqu’à sa caisse."

Mon avis : 
Ce court ouvrage est issu d'un célèbre blog d'une authentique hôtesse de caisse (ou plutôt ex-hôtesse de caisse), et est désormais adapté en film (dont la sortie est imminente, au passage). 

Certes tout cela a un petit côté "rêve de Cendrillon qui se réalise", mais pour autant cela ne gâche pas le plaisir de la lecture. Car lire les tribulations d'une caissière est plaisant. Oui, cela paraît une gageure, mais c'est vrai. Anna Sam a un style simple, fluide et un sens de l'humour à quasi toute épreuve. Les notes se succèdent décrivant clients, situation, cadre de travail ... avec efficacité. On s'y croirait. 

Et cela est d'autant plus vrai si on a eu la chance de travailler en grande distribution et/ou en caisse, ce qui fut fugacement mon cas. Dans ce cas de figure cette lecture est plus que vivement recommandée : en infusion trois fois par semaine (si vous y travaillez encore) ou en simple piqûre de rappel de temps en temps (si tout ça est derrière vous), ou encore en application immédiate (si vous postulez et que vous découvrez l'univers merveilleux de la grande distribution). 

Attention, il ne faut pas croire que le public de ce livre se limite aux initié-es.. au contraire ce livre devrait être lu par tout le monde !  (pourquoi ne pas l'incorporer à des programmes d'éducation civique destinés aux adultes?)  Ainsi le client-lecteur cessera peut-être de se comporter comme si la notion de politesse était brusquement devenue un concept absurde, ou encore peut-être arrêtera-t-il de s'acharner sur une "hôtesse de caisse"en croyant parler au responsable du magasin voire de la franchise... ^^


mardi 3 janvier 2012

"Lettres du Père Noël", de J.R.R. Tolkien

Lettres du Père Noël, de J.R.R. Tolkien, Pocket, 2010, 111 p.

Les lettres du Père Noël de Tolkien sont loin d'être ses créations les plus connues.

C'est vrai qu'elles étaient surtout destinées à la sphère privée... J.R.R. Tolkien les écrivait pour ses enfants (John, Michael,Christopher et Priscilla), une ou deux lettres par année. Il serait cependant fort dommage de passer à côté de ces dernières. Ces lettres sont en effet des petites pépites d'humour, richement illustrées (par Tolkien lui-même), racontant avec force détails la vie au Pôle Nord, les dernières bourdes de l'ours polaire (assistant en chef), les différents problèmes liés aux gobelins etc.

L'ours polaire s'invite dans les courriers pour commenter les propos du Père Noël, l'elfe Ilbereth prend parfois la relève ... du coup les lettres sont très vivantes et amusantes. 

Pour les enfants, les fans de Tolkien et les fans du Père Noël !

samedi 10 juillet 2010

"De grandes espérances" de Charles Dickens

"De grandes espérances" de Charles Dickens, Livre de poche, 606 p.


On suit les aventures de Pip, jeune garçon se destinant à devenir forgeron une fois son apprentissage terminé auprès de Joe son beau-frère et ami.
Mais le destin s'en mêle, et lui fait rencontrer et aider un bagnard en fuite, puis servir Miss Havisham, une vieille dame en quête de vengeance sur la race masculine. Il croise dans sa demeure, pleine de poussière sur fond de gâteau de mariage pourrissant, Estella, dont la beauté et la cruauté lui broient le coeur.
Il est désormais honteux d'être un rustre et ne souhaite qu'une chose : devenir un gentleman dont Estella ne pourra plus se moquer.

Heureusement une fortune lui arrive, sous la forme d'une rente au donateur ou à la donatrice mystérieux(se)... Pip part alors vivre à Londres, où il va devenir un vrai gentleman, c'est-à-dire apprendre à ne rien faire mais à dépenser plus d'argent qu'il n'en a.
Sa vie est remplie d'amis, de dettes, d'espoirs concernant Estella et majoritairement de souffrance car tout ne se passe pas comme prévu, bien sûr.

Le roman de Dickens offre une vision d'un récit initiatique, rempli de mal être et de souffrance. Cependant la souffrance du personnage n'empêche pas l'humour ! Le roman recèle de situations cocasses et de phrases typiques de Dickens, d'une ironie mordante. Le style de Dickens suffit à justifier la lecture de ce roman, d'après moi. Malgré la présence de rebondissements, il n'y a pas vraiment de suspense, le lecteur se doute bien que les grandes espérances de Pip ne sont pas fondées. Les descriptions des atmosphères (Londres, mystérieuse et dangereuse...) et des personnages nombreux et inattendus (attention il ne faut cependant pas s'attendre à du réalisme ou bien à une ampleur psychologique incroyable) rendent la lecture très intéressante.






lundi 5 juillet 2010

"Le chevalier inexistant" d'Italo Calvino


"Le chevalier inexistant" d'Italo Calvino, Ed du Seuil, 1962 (trad. française)

Charlemagne fait la tournée de ses chevaliers. Au moment de saluer l'un des meilleurs d'entre eux, il demande à ce dernier de lever sa visière et constate qu' Agilulfe Bertrandinet des Guildivernes n'existe pas.
C'est le début de l'histoire de ce chevalier à l'armure immaculée, rigide à l'extrême sur tous les sujets - de la propreté du camp à la bonne organisation de la distribution de soupe- qui n'est là que par un effort constant de ne pas se diluer dans l'air.
On croise dans ce roman court d'autres personnages étranges : la curieuse guerrière à l'armure mauve, un adolescent qui brûle de faire ses preuves et de venger son père... ou encore la confrérie des chevaliers du graal, possédée par sa tâche et source de bien des maux...

Un récit qui manie l'absurde et la raillerie, bien écrit, avec quelques phrases étonnantes... un ton qui fait parfois un peu penser à Ionesco....
A lire pour découvrir Calvino et son monde étrange !

mardi 22 juin 2010

"Il n'y a pas d'impasse sous le ciel" de Chow Ching Lie


"Il n'y a pas d'impasse sous le ciel" de Chow Ching Lie, Editions Fischbacher, 2004, 272p.

L'auteur du Palanquin des larmes nous livre ici un récit de sa vie entrecoupé de contes d'origine chinoises et/ou bouddhistes. L'ensemble se lit très facilement, le style n'est pas particulièrement remarquable, mais justement il ne se fait pas remarquer.

On est touché par la vie de cette femme : mariée très tôt en Chine et rapidement veuve, elle est venue en France pour se perfectionner au piano, tout en y montant un commerce pour soutenir le reste de sa famille, et en se mettant à l'écriture dès ses débuts d'apprentissage de la langue française. Sa vie se partage désormais entre la Chine et la France, et entre la musique et la littérature.

Convaincue et convertie au bouddhisme, elle y puise ses maximes pour orienter sa vie (et conseiller celle des autres), ce qui donne un ton parfois un peu moralisateur, qui se ressent d'autant plus lorsque cette morale s'éloigne de la notre.

Cependant ce livre vaut la lecture pour tout ces passages de contes traditionnels chinois, et amène à réfléchir sur la vie (ce qui est déjà pas mal !). On a une très bonne porte d'entrée sur la philosophie bouddhiste.

J'ai particulièrement aimé ce conte :
Un roi ambitieux veut rassembler toute la sagesse de son pays. Après des années de recherche ses sages ont composé une bibliothèque imposante. Découragé devant tant d'ouvrages, il demande qu'on lui résume l'ensemble. Après une dizaine d'années de travail les sages lui présentent 60 livres. Mais c'est encore trop, il demande qu'on lui résume en un seul ouvrage. Au moment où un des sages lui apporte le recueil, le roi est en train de mourir. Il lui demande alors de lui résumer la sagesse du monde en une seule phrase. Le sage lui répond : -vivre le moment présent.

mardi 15 juin 2010

"Chronique japonaise" de Nicolas Bouvier

Chronique Japonaise, de Nicolas Bouvier, Petite bibliothèque Payot, 1989, 257p.

Nicolas Bouvier nous raconte le Japon, par petites touches (bien sûr subjectives) sur le mode de la conversation, avec un style fin et non dénué d'humour.

La première partie "la lanterne magique" est pour moi la plus intéressante :
un véritable résumé de l'histoire et des mythes du Japon !
"l'année zéro" résume avec beaucoup de talent la mythologie compliquée de la création du Japon.
Les chapitres suivants permettent de comprendre les multiples relations du Japon avec la Chine, l'influence du bouddhisme, les relations avec les premiers européens, l'implantation puis la "fin" du catholicisme sur l'île, l'obligation d'ouverture au 19e siècle et la fameuse période Meiji. Cette fresque se termine par l'évocation de la seconde guerre mondiale et sa fin tragique.
Passionnant, rapide à lire ( moins de 100p), et très instructif pour comprendre l'esprit japonais !


La deuxième partie "1956, l'année du Singe" est consacrée à des notes sur l'installation de l'auteur à Tokyo. On y trouve une description des quartiers populaires et de l'esprit du petit peuple japonais de l'époque.

La troisième partie "La pavillon du nuage auspicieux, 1964"parle de Kyoto et du zen.

La quatrième partie "1965, le village de la lune"raconte une soirée étrange dans un petit village, Tsukimura, la nuit d'un festival qui semble ne jamais arriver.

La cinquième partie " L'île sans mémoire" est étrangement (comme le fait remarquer l'auteur lui même) consacrée à Hokkaido, le "chemin de la mer du nord", cette île au final si peu japonaise, initialement territoire des aïnous, longtemps boudée par les japonais, aménagée à l'américaine, désormais territoire de tourisme pseudo-historique ou sportif... un voyage somme toute mélancolique.

Chronique japonaise est un classique de la littérature de voyage, qui reste très intéressant malgré les années (écrit dans les années 50 et 60) !

vendredi 11 juin 2010

"Où on va, papa?" de Jean Louis Fournier


Où on va, papa? de Jean- Louis Fournier, Stock, 2008, 154p.

Présentation de l'Éditeur- extrait du livre:

"Jusqu à ce jour, je n ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J avais honte ? Peur qu on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c était pour échapper à la question terrible : « Qu est-ce qu ils font ? » Aujourd hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu on ne les oublie pas, qu il ne reste pas d eux seulement une photo sur une carte d invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d eux avec le sourire. Ils m ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. Grâce à eux, j ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien."


Voici un livre d'un véritable humour noir.

L'auteur, père de deux enfants profondément handicapés, écrit sur eux des tranches de vie, des réflexions cruelles ou touchantes selon les moments, avec toujours avec beaucoup d'humour.
Un humour certes parfois forcé, mais indispensable, car seul réel échappatoire, même si la tendresse et la sincérité sont également présentes.

"L'heure de pointe" de Dominique Simonnet


L'heure de pointe : un roman en quatorze lignes de Dominique Simonnet,
Actes Sud, 2010, 133p.

Un court recueil de nouvelles, fraiches malgré le contexte souterrain et parisien (le métro).
Chacune se passe sur une ligne différente,lignes qui ne sont pas bien sûr sans se croiser.
L'ensemble se lit avec plaisir et légèreté, il y a une grande variété de tons et de personnages, ce qui surprend agréablement vu la brièveté du livre!
On se retrouve dans la peau de ce narrateur qui tantôt s'interroge sur les vies qu'il croise, tantôt les dévoile, mais aussi dans ses personnages et les codes secrets du métro!

A conseiller à tous les parisiens, et à tous ceux qui ont régulièrement emprunté les lignes de métro ^^

lundi 7 juin 2010

"Intégrale T. 13, les années 1971-1976" d'Agatha Christie

Intégrale T. 13 les années 1971-1976 d'Agatha Christie, Edition du masque, 1270p.

Voici les derniers romans d'Agatha Christie :
-Némésis +
Miss Marple se voit confier une enquête par testament. Sans aucune explication la voilà inscrite à un voyage organisé "Demeures et Jardins" à travers l'Angleterre. Elle va employer tout son bon sens à découvrir ce qu'on attend d'elle, et quelles sont les personnes qui l'accompagnent dans ce charmant voyage.
-Une mémoire d'éléphant

Hercule Poirot enquête sur une affaire vieille de plus de dix ans. Un mystérieux double homicide ou suicide? La police avait tranché pour la seconde option, mais l'affaire resurgit quand leur fille souhaite se marier. Peu de véritable suspens dans ce roman, qui reste cependant plaisant à lire.
- Le cheval à bascule
Tommy et Tuppence Beresford viennent d'acheter une maison, pour une retraite bien méritée. Pourtant le grenier et ses livres d'enfants révèlent des surprises, qui les amènent à rouvrir une enquête. L'intrigue est un peu compliquée, et l'on se perd dans des indices qui n'en sont pas forcément. Mais ce vieux couple embarqué dans une affaire qui finit par les dépasser est bien sympathique.
-Le bal de la victoire
Lors d'un bal costumé, un jeune et riche vicomte est poignardé, sa fiancée trouve la mort quelques heures plus tard. La résolution du cas par Poirot est toujours amusante, mais l'histoire n'est pas marquante
-Hercule Poirot quitte la scène ++
Ce roman fut écrit au début de la seconde guerre mondiale, et était destiné à apporter des revenus à sa fille si Agatha Christie venait à disparaître brutalement. Il fut gardé dans un coffre et publié en 1975, et non après la mort de l'auteur comme cela était initialement prévu.
C'est le dernier cas d'Hercule Poirot. On retrouve le détective affaibli, dans une maison de Styles court (lieu de sa première affaire! ), mais il n'est pas si diminué qu'on le croit! Une belle affaire et une belle fin pour le personnage qu'Agatha Christie ne souhaitait pas voir repris par d'autres. L'intrigue est particulièrement réussie et on cherche à faire marcher "nos petites cellules grises" sans percer seul le mystère !!

-
La dernière énigme +
Publié en 76, après la mort de l'auteur, c'est le dernier livre où l'on trouve Miss Marple (mais ce n'est pas celui où elle est le plus âgée).
Une jeune femme revient des Indes s'établir avec son mari, et cherche donc une maison en Angleterre. Elle a un coup de foudre pour une petite villa, dans laquelle elle se sent chez elle...mais justement un peu trop...elle devine des portes qui ont été murées... Soudain une terreur inexplicable la prend dans l'escalier. Agatha Christie se lance t-elle dans le fantastique? Pas du tout, et Miss Marple va aider notre jeune fille à se sortir du guêpier dans laquelle son enquête la mène !

lundi 31 mai 2010

"Les pilules bleues" de Frederik Peeters

"Les pilules bleues" de Frederik Peeters, Atrabile, 2001, 200p.

Autobiographie d'une relation qui vit au travers du sida, mais sans misérabilisme. Frederik Peeters fait vivre cet extrait de son histoire avec fraicheur, sans niaiserie mais sans non plus éviter les questions douloureuses. C'est aussi la vision d'un homme sur une femme et sur son couple, l'ambiance d'une petite ville de Suisse et de sorties d'adolescence plus ou moins longues.

A lire !

mercredi 19 mai 2010

"L'article de la mort" d'Etienne de Montety


L'article de la mort d'Etienne de Montety, Ed Gallimard, 2009, 296 p.


Moreira, journaliste, est chargé de la rubrique "nécro": il prépare des feuillets prêts à servir en cas de décès de personnalités politiques, de peoples etc...

Il suit un personnage -Charles Elie Sirmont-, figure du bien en politique, homme à l'image trop parfaite, toujours engagé dans diverses missions humanitaires au quatre coins du globe. Cette image semble trop nette, trop orchestrée pour Moreira et il décide de mener l'enquête.

Ce roman transporte au sein du monde des médias, il permet de découvrir son fonctionnement, ses perversités, son vocabulaire, mais aussi les spécificités des rapports entre la presse et l'édition.

La fin est particulièrement bien : surprenante, Moreira perce à jour le secret de Sirmont, ...mais un évènement va l'empêcher de faire sa nécrologie classique....

A conseiller ! Un bon roman, avec un style est plaisant, bien écrit sans être lourd, une intrigue bien menée, et une vision bien informée -l'auteur dirige le figaro littéraire- et agréablement vacharde des médias.

jeudi 6 mai 2010

"L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour" de Joanne et Gerry Dryansky



"L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour" de Joanne et Gerry Dryansky, Héloise d'Ormesson, 2009, 333p.

A Paris, une vieille comtesse se voit brutalement privée des services de sa femme de chambre. Cherchant à la remplacer et à faire quelque chose en sa mémoire, elle décide d'engager sa sœur, Fatima Monsour, qu'elle fait venir de Djerba.

La roue tourne-t-elle pour Fatima la malchanceuse, répudiée par correspondance par son mari?

C'est surtout le début des ses aventures sur Paris... l'occasion de voir un choc des cultures finement amené.

Le scénario n'est pas "extraordinaire", ce qui l'est en revanche c'est l'effet de ce petit roman : un remède contre la morosité, on sourit et on se sent bien quand on le lit !
Les personnages sont attachants et l'écriture est fine, sans lourdeur.


A conseiller pour une bouffé d'air, une détente et de la bonne humeur, notamment pour les parisiens.
A déconseiller bien sûr aux amateurs exclusifs de livres "sérieux"

jeudi 1 avril 2010

"Saya" de Richard Collasse

Saya de Richard Collasse, Seuil, 2009, 222 p.

Au Japon, dans les années 2000, nous suivons la vie de trois personnages : Jinwaki cadre dans un magasin de luxe et récemment mis au chomâge, Kaori, son épouse, et Saya, jeune lycéenne. Tous les trois vont expérimenter une perte de repères, une sorte de rupture. Jinwaki en perdant son travail, Kaori en n'ayant plus à s'occuper de sa belle-mère suite à son décès, et Saya en joignant sa vie au lycée à la pratique de "rapports subventionnés" pour gagner de l'argent de poche. La narration découpée par trois points de vue , plus ou moins chronologique, est très efficace.

Le roman est prenant, on est vite emmené dans la vie de ces personnages coincés dans leurs situations d'échecs. Le ton est parfois cru, assez violent et tendu mais l'émotion passe et domine l'ensemble.

On se prend de sympathie pour Saya, adolescente japonaise, ayant vécu en France, et qui tombe éperduement amoureuse de son deuxième "client"... sa présence est lumineuse, elle est un peu irréelle avec un côté "fantasme concrétisé" (parlant français, adorant la musique classique et en jouant etc.) mais cela n'est pas trop gênant dans le récit. Jinwaki est aussi touchant dans son incapacité à réagir face à son licenciement, il s'accroche à Saya et vit en marge de sa vie d'avant une histoire d'amour complétement improbable et immorale, mais sincère. Chose surprenante, La sympathie s'étend à Kaori. Cette femme acariâtre fait payer sa vie gâchée et sa frustration par des petites tortures quotidiennes envers sa belle-mère (qui le lui rend bien), et par des dépenses inconsidérées. Elle trouve le réconfort auprès de son chihuahua, Brad, et se cache derrière un strict respect des apparences. On sent la femme désœuvrée, qui , ayant vécu pour une famille dont l'existence se disloque, cherche un sens à sa vie.

La fin est un peu décevante : rapide et saugrenue (ne pas lire si vous n'avez pas lu le livre : ayant trouvé un nouveau travail, Jinwaki part à l'étranger et perd son téléphone, ce qui rompt le contact avec Saya, celle-ci tombe en dépression et finit par se suicider persuadée qu'il l'a oublié, le tout sous les yeux de Jinwaki qui était revenu au Japon et prenait le métro : certes...)

Malgré cela, le roman se lit d'une traite et offre un bon panorama de la société japonaise avec ses conventions et ses contradictions.

lundi 8 mars 2010

"Miss Marple au club du mardi" d'Agatha Christie



Miss Marple au club du mardi, d'Agatha Christie, Club des Masques, 1966, 187 p

En écoutant récemment un "2000 ans d'histoire" sur Agatha Christie, j'appris qu'elle était une des seuls auteurs à avoir créé deux personnages de détectives internationalement connus. Hercule Poirot me venait directement en tête, mais je réalisais que je n'avais jamais rencontré Miss Marple. Je cherche donc le premier Miss Marple disponible et l'entame...sans regret !

On est plongé dans "le club du mardi" à l'atmosphère si anglaise où se réunissent amis et connaissances pour partager des mystères auprès du feu. Cela fait un peu penser à l'ambiance du tour d'écrou d'Henry James ou encore aux mille et un fantômes d'Alexandre Dumas, sans le fantastique bien sûr. Je trouve que cette présentation, certes classique, de nouvelles racontées par des personnages lors de soirées est souvent très réussie.

Chacune des sept nouvelles est donc racontée par une personne différente, puis tous les personnages cherchent à résoudre le crime qui a été présenté. Et bien sûr, c'est Miss Marple, vieille dame pastel occupée à tricoter, qui vient à bout de toutes les énigmes. Pleine de malice et de modestie, elle explique son extraordinaire sens de la déduction ainsi : elle a simplement beaucoup observé les petites gens de son village et comme la nature humaine est partout la même...elle transpose !
Aussi sa réflexion sur la disparition d'un pot de crevette lui permet de venir à bout d'énigmes qui laissent cois ses amis retraités de Scotland Yard...

On s'amuse bien, et on a envie de donner à Miss Marple un nouveau rendez-vous!

samedi 27 février 2010

Baguettes chinoises de Xinran



Baguettes chinoises
, de Xinran, Ed. Philippe Picquier, 2008, 335 p

"Baguettes" est l'expression utilisée dans la campagne de l'Anhui pour désigner les filles, utilitaires et fragiles, contrairement aux "poutres", c'est-à-dire aux garçons, qui soutiennent une maison.

La mère des soeurs Trois, Cinq et Six est considérée plus bas que terre car, malgré ces six enfants, elle n'a pas réussi à "pondre un oeuf". De même leur père est la risée du village car il n'a pas été capable de "planter sa graine". Il n'a pas donné de noms à ces filles qui portent à la place le numéro de leurs naissances.
Comment mieux résumer la non-valeur de l'existence des filles, dans les mentalités de la campagne ?
Et encore, heureusement que leurs oncles font partie de " la brigade de production" ce qui permet à la famille d'être nombreuse (normalement les naissances sont régulées en Chine à cette période), sinon il est probable que les sœurs aînées auraient connu des "morts naturelles" à répétition.
Nous ne sommes pas dans la Chine ancienne, mais à notre époque, l'histoire se passe vers les années 90 et 2000.

Malgré cela le roman n'est pas sombre. L'écriture, sans être transcendante, et fraîche, souvent pleine d'humour.On plonge dans l'atmosphère. On suit volontiers l'histoire de ces trois soeurs dans leur périple à Nankin, la ville voisine. Elles souhaitent travailler et prouver qu'elles aussi peuvent soutenir une maison.

Elles vont vivre un choc entre deux mondes, la campagne et la ville, que des siècles semblent séparer. La ville vit à l'heure de l'ouverture aux étrangers, des jeans taille basse, d'internet, et des appareils photos numériques...La campagne est comme figée, sans aucune ouverture, dans une extrême pauvreté et étroitesse d'esprit.

Assistante dans un centre curatif, serveuse dans un salon de thé lettré, aide dans un restaurant..
à travers les trois métiers qu'elles exercent, le portrait de la ville, de ses habitants et de la difficile conversion vers la modernité est subtilement dressé.