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mercredi 4 janvier 2012

"Les tribulations d'une caissière" d'Anna Sam

Les tribulations d'une caissière d'Anna Sam, Le Livre de Poche, 2009, 185 p.

Présentation de l'éditeur : 
" Elle s’appelle Anna, elle a vingt-huit ans, un diplôme universitaire de littérature et huit ans d’expérience derrière une caisse de supermarché. Un métier peu propice aux échanges, ponctué de gestes automatiques…
Anna aurait pu se sentir devenir un robot si elle n’avait eu l’idée de raconter son travail, jour après jour.
Elle vous a vu passer à la caisse. Vous avez été des clients faciles ou des emmerdeurs, riches ou pauvres, complexés de la consommation ou frimeurs. Vous l’avez confondue avec une plante verte ou vous lui avez dit bonjour, vous avez trépigné à l’ouverture du magasin ou avez été l’habitué nonchalant des fermetures. Anna, vous l’avez draguée, méprisée, insultée.
Il ne se passe rien dans la vie d’une caissière ? Maintenant, prenez votre chariot et suivez Anna jusqu’à sa caisse."

Mon avis : 
Ce court ouvrage est issu d'un célèbre blog d'une authentique hôtesse de caisse (ou plutôt ex-hôtesse de caisse), et est désormais adapté en film (dont la sortie est imminente, au passage). 

Certes tout cela a un petit côté "rêve de Cendrillon qui se réalise", mais pour autant cela ne gâche pas le plaisir de la lecture. Car lire les tribulations d'une caissière est plaisant. Oui, cela paraît une gageure, mais c'est vrai. Anna Sam a un style simple, fluide et un sens de l'humour à quasi toute épreuve. Les notes se succèdent décrivant clients, situation, cadre de travail ... avec efficacité. On s'y croirait. 

Et cela est d'autant plus vrai si on a eu la chance de travailler en grande distribution et/ou en caisse, ce qui fut fugacement mon cas. Dans ce cas de figure cette lecture est plus que vivement recommandée : en infusion trois fois par semaine (si vous y travaillez encore) ou en simple piqûre de rappel de temps en temps (si tout ça est derrière vous), ou encore en application immédiate (si vous postulez et que vous découvrez l'univers merveilleux de la grande distribution). 

Attention, il ne faut pas croire que le public de ce livre se limite aux initié-es.. au contraire ce livre devrait être lu par tout le monde !  (pourquoi ne pas l'incorporer à des programmes d'éducation civique destinés aux adultes?)  Ainsi le client-lecteur cessera peut-être de se comporter comme si la notion de politesse était brusquement devenue un concept absurde, ou encore peut-être arrêtera-t-il de s'acharner sur une "hôtesse de caisse"en croyant parler au responsable du magasin voire de la franchise... ^^


mardi 22 juin 2010

"Il n'y a pas d'impasse sous le ciel" de Chow Ching Lie


"Il n'y a pas d'impasse sous le ciel" de Chow Ching Lie, Editions Fischbacher, 2004, 272p.

L'auteur du Palanquin des larmes nous livre ici un récit de sa vie entrecoupé de contes d'origine chinoises et/ou bouddhistes. L'ensemble se lit très facilement, le style n'est pas particulièrement remarquable, mais justement il ne se fait pas remarquer.

On est touché par la vie de cette femme : mariée très tôt en Chine et rapidement veuve, elle est venue en France pour se perfectionner au piano, tout en y montant un commerce pour soutenir le reste de sa famille, et en se mettant à l'écriture dès ses débuts d'apprentissage de la langue française. Sa vie se partage désormais entre la Chine et la France, et entre la musique et la littérature.

Convaincue et convertie au bouddhisme, elle y puise ses maximes pour orienter sa vie (et conseiller celle des autres), ce qui donne un ton parfois un peu moralisateur, qui se ressent d'autant plus lorsque cette morale s'éloigne de la notre.

Cependant ce livre vaut la lecture pour tout ces passages de contes traditionnels chinois, et amène à réfléchir sur la vie (ce qui est déjà pas mal !). On a une très bonne porte d'entrée sur la philosophie bouddhiste.

J'ai particulièrement aimé ce conte :
Un roi ambitieux veut rassembler toute la sagesse de son pays. Après des années de recherche ses sages ont composé une bibliothèque imposante. Découragé devant tant d'ouvrages, il demande qu'on lui résume l'ensemble. Après une dizaine d'années de travail les sages lui présentent 60 livres. Mais c'est encore trop, il demande qu'on lui résume en un seul ouvrage. Au moment où un des sages lui apporte le recueil, le roi est en train de mourir. Il lui demande alors de lui résumer la sagesse du monde en une seule phrase. Le sage lui répond : -vivre le moment présent.

mardi 15 juin 2010

"La romancière et l'archéologue" d'Agatha Christie Mallowan


"La romancière et l'archéologue- Mes aventures au Moyen-Orient" d'Agatha Christie Mallowan, petite bibliothèque Payot, 2006, 316p.


Présentation de l'éditeur :

« Épousez un archéologue : plus vous vieillirez, plus il vous aimera », a dit un jour Agatha Christie (1890-1976). Cette fine mouche qui riait de tout pratiquait l’autodérision avec un art consommé. Outre ses soixante-dix romans policiers, il y a mieux et beaucoup plus savoureux que son autobiographie : ce sont ses aventures au Moyen-Orient qu’elle publia en 1946 pour répondre à tous ceux qui lui demandaient sans cesse comment elle avait vécu là-bas auprès de son deuxième mari.

Comment pouvait-elle imaginer, en effet, alors qu’elle voyageait pour la première fois à bord de l’Orient-Express en 1928, combien son existence allait être modifiée à jamais ? Elle laissait en Angleterre une enfance heureuse passée dans un manoir victorien du Devon, l’échec d’un premier mariage et une carrière littéraire déjà bien assise pour partir en Iraq à la découverte des champs de fouilles d’Our, invitée par les archéologues Leonard et Katherine Woolley. La romancière avait toujours été fascinée par l’Orient, à tel point qu’elle rendit de nouveau visite à ses amis l’année suivante.

Cette fois, les Woolley eurent l’excellente idée de la confier à un jeune archéologue prometteur, Max Mallowan. Ce dernier devint son cicérone, ils visitèrent ensemble la Chaldée et s’éprirent l’un de l’autre. Agatha était âgée de quarante ans, Max n’en avait que vingt-six, mais il la trouvait irrésistible d’intelligence, de charme et d’esprit, qualités qu’elle-même appréciait chez ce garçon si singulier qui n’avait jamais lu aucun de ses romans et n’était nullement impressionné par sa notoriété. Ils se marièrent avant la fin de l’année.

Commença alors une vie de voyage avec son époux. Ils travaillèrent essentiellement en Syrie et en Iraq, et Agatha l’accompagna avec joie dans ses pérégrinations. Elle continua à écrire ses propres ouvrages sur place tout en étant une assistante précieuse pour son mari. Elle prenait des photos, les développait, étiquetait les objets trouvés. (Pour dépoussiérer les plus fragiles elle utilisait une aiguille à tricoter et un pot de crème pour le visage !)

La Romancière et l’archéologue regroupe cinq saisons de fouilles (entre 1934 et la fin des années 1930) avec toujours pour fil directeur une solide expérience de la nature humaine et un humour inoxydable, et ce quel que soit le sujet évoqué – la constipation des ouvriers ou les sous-vêtements d’un chauffeur. Rien n’échappe à Agatha Christie, depuis les dissensions opposant les diverses ethnies jusqu’au sort des femmes musulmanes.



Effectivement, ce livre nous transporte aux côtés d'Agatha Christie aux prises avec les mille et un problèmes liés à la vie quotidienne lors des voyages et fouilles !
Problèmes? pas vraiment, malgré les fermetures éclair sournoises, les puces, les souris, les cafards, les cuisiniers n'ayant jamais fait la cuisine, les chauffeurs dressant le camion comme s'il était un jeune cheval... Tout cela est plutôt matière à s'amuser !

et le résultat est que ce livre est vraiment très distrayant !
on aperçoit Agatha Christie sous une autre facette, qui est très agréable, c'est aussi l'occasion de voir que les relations entre les différentes ethnies étaient déjà très compliquées et que devoir les diriger sur un camp de fouille demande beaucoup de diplomatie!


A conseiller aux amateurs de voyages, de fouilles, d'Agatha Christie, d'humour, de Moyen Orient etc.

"Chronique japonaise" de Nicolas Bouvier

Chronique Japonaise, de Nicolas Bouvier, Petite bibliothèque Payot, 1989, 257p.

Nicolas Bouvier nous raconte le Japon, par petites touches (bien sûr subjectives) sur le mode de la conversation, avec un style fin et non dénué d'humour.

La première partie "la lanterne magique" est pour moi la plus intéressante :
un véritable résumé de l'histoire et des mythes du Japon !
"l'année zéro" résume avec beaucoup de talent la mythologie compliquée de la création du Japon.
Les chapitres suivants permettent de comprendre les multiples relations du Japon avec la Chine, l'influence du bouddhisme, les relations avec les premiers européens, l'implantation puis la "fin" du catholicisme sur l'île, l'obligation d'ouverture au 19e siècle et la fameuse période Meiji. Cette fresque se termine par l'évocation de la seconde guerre mondiale et sa fin tragique.
Passionnant, rapide à lire ( moins de 100p), et très instructif pour comprendre l'esprit japonais !


La deuxième partie "1956, l'année du Singe" est consacrée à des notes sur l'installation de l'auteur à Tokyo. On y trouve une description des quartiers populaires et de l'esprit du petit peuple japonais de l'époque.

La troisième partie "La pavillon du nuage auspicieux, 1964"parle de Kyoto et du zen.

La quatrième partie "1965, le village de la lune"raconte une soirée étrange dans un petit village, Tsukimura, la nuit d'un festival qui semble ne jamais arriver.

La cinquième partie " L'île sans mémoire" est étrangement (comme le fait remarquer l'auteur lui même) consacrée à Hokkaido, le "chemin de la mer du nord", cette île au final si peu japonaise, initialement territoire des aïnous, longtemps boudée par les japonais, aménagée à l'américaine, désormais territoire de tourisme pseudo-historique ou sportif... un voyage somme toute mélancolique.

Chronique japonaise est un classique de la littérature de voyage, qui reste très intéressant malgré les années (écrit dans les années 50 et 60) !

lundi 31 mai 2010

"Les pilules bleues" de Frederik Peeters

"Les pilules bleues" de Frederik Peeters, Atrabile, 2001, 200p.

Autobiographie d'une relation qui vit au travers du sida, mais sans misérabilisme. Frederik Peeters fait vivre cet extrait de son histoire avec fraicheur, sans niaiserie mais sans non plus éviter les questions douloureuses. C'est aussi la vision d'un homme sur une femme et sur son couple, l'ambiance d'une petite ville de Suisse et de sorties d'adolescence plus ou moins longues.

A lire !

mardi 18 mai 2010

"Camille et Paul : la passion Claudel" de Dominique Bona


Camille et Paul la passion Claudel de Dominique Bona

Ce livre est le récit de deux destins extraordinaires.
Tout deux sont extrêmement précoces : dès 6 et 7 ans l'une fouille la terre pour la modeler l'autre écrit ses premiers textes, vers 13 ans chacun d'eux s'inscrit définitivement dans sa carrière, avec l' appui de leur père qui envoie à Paris la famille, ce que leur mère leur reprochera toujours.

Pour Camille Paris est une libération, c'est la découverte, la participation à des ateliers avec des amis et puis la rencontre avec Rodin.
Pour Paul Paris est une cage infernale, et il ne rêve que de s'échapper, d'où son orientation vers la carrière de consul, pour partir !

Camille et Rodin : une liaison volcanique, Rodin l'aime, elle sera une muse et bien plus, mais il ne parvient pas à quitter sa femme ancien modèle de 50 ans.. ni ses aventures modélisques. Camille après des années de tentatives pour obtenir Rodin pour elle seule, finira par renoncer en coupant les ponts ce qui l'isolera encore davantage. Cependant Rodin reste un ami "dans l'ombre", lui obtenant des commandes et travaillant à sa reconnaissance.
Rodin a certes influencé son style, mais Camille était déjà professionnelle avant, elle a été son élève mais a toujours conservé son propre style.

Débuts de carrières :

Paul : Suite à une brusque révélation de la foi à Paris, Paul veut un temps devenir moine, mais il n'est pas accepté, il restera profondément mystique toute sa vie.
Son premier poste: la Chine, il tombe sous le charme, parcourt le pays dans tous les sens, il est touché par la philosophie taoïste...
S'il n'est pas moine, il veut rester pur, et reste ainsi puceau longtemps....mais ses bonnes résolutions tombent quand il rencontre "Rosie", femme mariée, il vivra avec elle une relation passionnée qui fera grand bruit dans la ville où il travaille ..puisque Rosie s'installe pendant un an chez lui avec ses enfants. Elle finira par l'abondonner lui et le mari d'origine pour un troisième homme.Cette rupture brutale pour Paul, lui inspire encore plus une défiance envers les femmes, il se servira de Rosie pour son personnage d'Ysé dans le Partage de midi. Camille et elle seront à l'origine de quasi tous les personnages féminins de ses oeuvres. Suite à cela, il décide de faire un mariage de raison avec Reine, parfaite femme au foyer chrétienne, qu'il n'aimera jamais vraiment , celle ci lui fait rapidement 5 enfants. Il poursuit sa carrière, en Allemagne, aux Etats-unis, au Brésil au Danemark, au Japon ... les ambiances de ces différents pays lui inspireront des écrits.

Camille ne parvenant pas à obtenir Rodin pour elle seule, finit par couper tout contact avec lui. Ce dernier essayera pourtant longtemps de la faire revenir puis simplement de l'aider, souvent anonymement, car Camille traquée par des soucis financiers et isolée volontairement va peut à peu développer une paranoïa de la persécution à son égard. Elle imagine que Rodin et ses amis veulent la détruire, l'empoisonner, qu'ils envoient des espions chez elle lui voler ses idées.. Elle sombre en parallèle dans un laisser aller général, ne se lavant plus, cassant ses œuvres les moins réussies dans des moments de furie.

Un tournant : la mort du père

Camille était aidée financièrement par la famille, même si elle était reconnue comme artiste par ses pairs et obtenait des commandes, elle ne parvenait pas à en vivre. Sa paranoïa de plus en plus impressionnante la coupait également de la vie normale. Tout le monde était conscient des problèmes psychologiques qu'elle rencontrait, la question de l'asile était dans l'air, mais son père s'y opposait. Après sa mort, sa mère et Paul signent l'autorisation de placement en asile.
Personne ne peut ou ne veut s'occuper de Camille, qui est pourtant encore à cette période aurait pu être "sauvée" par un environnement stable, amical, confortable... Car mis à part sa paranoia envers Rodin, Camille est lucide elle a conservé son intelligence et son sens de l'humour.
Face aux conditions de vie en asile, même en" première classe"; elle n'aura de cesse de demander à sa mère puis à son frère de la laisser sortir, en vain. Elle va passer 30 années enfermée, isolée sans même avoir le droit d'échanger du courrier hors sa famille. (car sa mère redoute un scandale)
Elle ne sculpte plus, ne touche plus une fois à la terre, et attend inlassablement la fin de son calvaire..
Sa mère est responsable de son isolement, c'est elle qui insistera pour qu'il soit impossible de lui envoyer du courrier, sa fille est pour elle"parée de tous les vices", elle en a peur, elle ne l'a jamais vraiment aimé, contrairement à son autre fille Louise...mais elle lui enverra des colis alimentaires jusqu'à sa mort.

L'indifférence de Paul

Paul, après la fin de sa carrière continue d'écrire, ce sera le temps de la reconnaissance, avec une adaptation triomphale au théâtre d'une de ses œuvres, il est nommé académicien etc. Il vit douillettement dans un château avec sa femme et souvent sa grande famille qui se réunit.
Il vieillit, a des problème d'anémie... mais hors des visites biannuelles il ne fait pas grand chose pour Camille. Pourquoi l'a-t-il laissé ?
la peur d'être contaminé par sa folie? un dégout, une vengeance inconsciente de l'abandon de Camille quand il était adolescent et qu'elle prenait son envol vers le monde de la sculpture et Rodin..? ou peut-être simplement de l'égoïsme, confit dans la reconnaissance et dans les honneurs, face à cette grande sœur autrefois si puissante et dont la vie est "un échec complet" selon ses mots alors qu'elle avait "tant de dons de dieu"... Paul semble considérer sa sœur responsable de son malheur, ce qui n'est pas tout à fait faux, mais la peine est sans commune mesure avec sa "faute".
Son jugement d'échec est démenti par l'histoire qui a restauré la place de Camille dans la sculpture, son talent et son originalité sont aujourd'hui reconnus, et on ne peut que regretter son arrêt brutal du métier, et sa fin tragique.

A conseiller : à tout ceux qui s'intéressent à l'œuvre de Camille ou de Paul, à la sculpture ou même simplement à des vies passionnées.

jeudi 25 mars 2010

"Bartabas, roman" de Jérôme Garcin

Bartabas, roman, Jérôme Garcin, Gallimard, 2004, 233p

Ce livre permet de découvrir la vie, les ambitions et le caractère de Bartabas.
C'est donc un portrait réalisé ici : non pas une simple description de la personne, mais une véritable invitation à découvrir son univers, par son enfance, ses expériences mais aussi par la rencontre des personnes avec qui il a vécu et/ou travaillé, par le résumé de ses spectacles et par ses chevaux.

On y découvre la vie romanesque, qu'il a choisi et a mené avec obstination et chance, la passion sauvage qui l'anime et son incroyable rapport avec les chevaux (et notamment avec Zingaro).
Ce livre est aussi l'occasion d'apercevoir en filigrane le monde de l'équitation, et ses nombreuses conventions souvent mises à mal par Bartabas.

Le style est recherché et sort du cadre de la simple biographie. L'ensemble est donc toujours bien écrit, cependant j'ai trouvé ce style parfois trop lourd et trop maniéré. "L'auteur se regarde écrire".
Le cheval est au centre du récit et Jérôme Garcin, passionné, utilise aussi le vocabulaire précis voire technique du monde équestre.

à conseiller : aux amateurs de chevaux, de théâtre,... ce roman se lit facilement, mais donne plus envie d'aller voir un spectacle de Bartabas que de lire un autre livre de Garcin.

mardi 2 février 2010

Van Gogh par David Haziot


Cette biographie de Van Gogh est tout à fait remarquable. Elle nous permet réellement d'approcher l'homme et le peintre hors du commun qu'il fut. Sa vie et son caractère semble souvent sortir d'un roman et de ce fait la lecture de cette biographie est passionnante (sans doute aussi parce qu'elle a été écrite par un passionné) !

Résumé de sa vie :

Son enfance dans une famille puissante (oncle marchand d'art, père pasteur...) fut malgré tout relativement austère et se termina rapidement par un abandon des études vers 15 ans alors qu'il avait montré des dispositions impressionnantes pour les langues. Avec le soutien de son oncle il commence une carrière de marchand de tableau avec succès. On l'envoie alors à Londres, toujours pour la firme Goupil. Il y tombe malheureusement amoureux d'Eugénie Loyer, avec excès, refusant d'admettre son refus, ce qui le pousse dans une sévère dépression. Ses illusions de bonheur avec cette femme se brisent entraînement avec elles ses aspirations à un confort et à une installation "bourgeoise". Il devient un poids pour la firme Goupil qui le mute à Paris, il décide alors de la quitter.

Il se tourne vers la bible, et enchaîne des métiers afin de revenir à Londres, ce qui le brise de nouveau. Vincent est alors "placé" par ses parents dans une librairie, où il ne travaillera pas mais traduira la bible en trois langues! Il est persuadé qu'il a la vocation pour être pasteur, ce dont tout le monde doute. Malgré tout il réussit à convaincre ses parents de l'aider à payer des cours pour préparer le concours d'entrée dans une faculté de théologie à Amsterdam. C'est encore un échec. Vincent s'engage alors dans une école d'évangélisation où il est renvoyé pour indiscipline, malgré cela il est envoyé en évangéliste dans le Borinage. Il se conduit là-bas de manière exaltée, profondément touché par la misère des mineurs. Il se conduit comme un martyr, refusant de garder tout confort, détruisant ses vêtements pour en faire des bandages, ne se lavant plus... Il fait preuve d'une exaltation et d'une conduite excessive telle qu'il est tout juste considéré comme un fada par les mineurs. C'est à ce moment qu'il commence réellement à dessiner pour témoigner, d'où sa première période de "peintre social". Il est rapidement démis de ses fonctions d'évangélistes.

Théo, devenu marchand d'art, commence à l'aider financièrement, afin que Vincent puisse se consacrer à l'étude et devenir peintre : Vincent part de loin puisqu'il ne sait pas réellement dessiner, il ne maîtrise pas l'anatomie, ni la perspective.. et travaille comme un fou, recommençant sans cesse pour s'améliorer. Vincent revient chez ses parents, par nécessité. Il veut épouser sa cousine Kate Vos-Striker, veuve, ce qui provoque refus, scandale et brouille dans sa famille, qu'il quitte donc pour s'installer à la Haye. Il y sera un temps l'apprenti de Mauve, mais se brouillera avec lui. Il y vivra avec Sien, une prostituée ayant deux enfants qu'il souhaite épouser ce qui ne se fera pas face à l'opposition de toute sa famille et son manque de revenu. Ce sera le temps de l'apprentissage.Il demande sans cesse plus d'argent à Théo, contractant des dettes pour acheter des tubes de couleurs, payer sans cesse des modèles ( car il voulait maîtriser le portrait).. jeunant, se privant au point que de graves ennui de santé apparaissent (il perd une partie de ses dents). Malgré ces privations, il continuera de dépenser de l'argent chez "les filles", où il attrape la syphilis, ainsi que de boire et de fumer.. toujours avec excès!

Cette misère le pousse à choisir entre son art et Sien, et finalement à revenir chez ses parents à Nuenen (où il attend de leur part des excuses pour l'épisode Kate !! ). Une idylle s'y noue avec Margo Begeman, sans suite. Ses années ainsi que les suivantes montrent son caractère particulièrement difficile, très égoïste, sans concession et prompt à la dispute, qui est lié à sa conduite excessive. Son père meurt, il renonce à sa part d'héritage et coupe les ponts avec une bonne partie de sa famille.

Vincent part pour Anvers, où le choc des Rubens l'amène à mettre de la couleur dans sa peinture et à quitter sa palette si noire. Il débarque ensuite à Paris, où il vit avec Théo et découvre (tardivement) les impressionnistes mais surtout les "nouveaux peintres" (Toulouse-Lautrec, Pissaro,..) et l'art Japonais ainsi que la théorie des couleurs de Chevreul. Il se fait des amis (les copains). Il s'exerce. Sa palette s'éclaircit beaucoup quand il peint dans les environs ( dont Asnières..).

Ayant besoin de lumière et de couleurs, Vincent part pour Arles où il peint sans arrêt, se décrivant comme une locomotive. Il peint vite, avec fureur. Il a enfin trouvé son style, il a confiance en l'avenir, il est heureux "comme une cigale". Mais une nouvelle catastrophe se prépare. Gauguin, qu'il avait rencontré à Paris et qu'il tient en très haute estime a des difficultés financières, Vincent souhaite l'aider et commence à faire une véritable fixation sur ce dernier. Gauguin ne voit en Vincent qu'un peintre de second ordre, entretenu dans son délire par son frère, et son orgueil lui indique que l'admiration de ce dernier est bien normale. Il reste en bon terme avec lui, car c'est le frère du seul marchand de tableau qui accepte ses toiles et essaye vraiment de les vendre. Après avoir beaucoup tergiversé et n'ayant pas vraiment d'autres solutions, il se rend à Arles où Vincent a tout préparé pour l'accueillir comme "le maitre". L'atelier du Midi a vocation pour Vincent à concrétiser (à terme) une solidarité entre les peintres, une association qu'il a toujours appelée de ses vœux entre peintres pauvres. On retrouve ici le Vincent "social" et idéaliste. Mais cette collaboration fut désastreuse pour Vincent. Persuadé depuis le début de l'importance de partir du réel, (la peinture étant la nature vu par un tempérament pour reprendre l'expression de Zola) il se fait peu à peu convaincre du contraire par Gauguin, pour qui la peinture vient de l'imaginaire. C'est une profonde remise en cause , il en vient à considérer toutes ces toiles précédentes comme de simples études, et à se déprécier totalement. Gauguin étouffe depuis le début dans cette relation, son influence rend Vincent de plus en plus instable et il décide de partir. La nuit précédant son départ, Vincent fait sa première grande crise et se coupe l'oreille gauche. Il est interné. Alterne alors des passages de rémission totale et de nouvelles crises, avec des tentatives de suicides. Vincent reste dépressif, pour lui , il est un raté, sa peinture ne vaut rien, il conseille sans cesse à son frère de jeter la plupart des toiles qu'il lui envoie!! Alors que ces toiles finissent par être remarquées par d'autres artistes et quelques critiques (notamment Albert Aurier), Vincent considère que ce succès n'est pas mérité. Malgré tout durant ces périodes à Saint-Rémy, où il a demandé son internement, la peinture l'aide à se calmer. Mais c'est surtout une lettre de Gauguin lui adressant des félicitations pour ses peintures (vues lors du salon des indépendants) qui lui permet de sortir de cette dépression.

Vincent revient alors sur Paris et s'installe à Auvers-sur-Oise sous la surveillance du Docteur Gachet. Mais celui-ci, branché nouvelles médecines et charlataneries diverses, l'estime guéri et ne le "surveille" pas. Théo, persuadé également de sa guérison, lui parle de ses problèmes financiers. Cela se passe très mal avec ses patrons de la firme Goupil, un licenciement est envisageable, et c'est lui qui fait vivre leur mère, ainsi que sa propre famille (sa femme Johanna et leur bébé Vincent). Vincent angoisse et culpabilise d'être un fardeau (il l'a toujours mal vécu, mais cette fois il a l'impression de "voler le pain" du nouveau-né) pour sa famille et les lettres suivantes assurant qu'une solution serait trouvée, qu'il n'avait pas à s'en faire ne servent à rien. Il décide de se tuer, et essaye (lucidement contrairement aux tentatives précédentes) en se tirant une balle le 27 juillet 1890 dans la poitrine. Il se rate et rentre difficilement dans sa pension il va se coucher. C'est dans la soirée seulement que l'on se rend compte de la situation. Le docteur est appelé mais il ne fait rien, la balle étant près de la colonne vertébrale, il ne décide pas non plus de faire venir un chirurgien ou de transférer Vincent. Théo accourt et accompagne Vincent jusqu'à la fin le 28 juillet. Après la mort de son frère Théo est brisé, il culpabilise de la mort de son frère, et perd littéralement la raison après un conflit avec ses patrons.. en moins de 6 mois, il est interné, fait une crise cardiaque, tombe dans le coma et meurt fin janvier 1891. C'est peu de dire que la fin de ces deux frères fut tragique. Johanna, contrairement aux avis de son propre frère, décide de lire leurs correspondances et finalement de consacrer sa vie à faire connaître l'œuvre de Vincent.


Ce livre est très réussi car-au delà des données purement biographiques- il nous permet de comprendre Vincent:
-Sa relation difficile avec son père.
-La profonde et réciproque amitié qui le liait à son frère Théo (sans qui il n'aurait jamais pu se mettre à la peinture!).
- Son caractère presque impossible. Théo dira d'ailleurs de lui "C'est comme s'il y avait deux personnes en lui, l'une merveilleusement douée, délicate et tendre; l'autre égoïste et de cœur dur. Elles se présentent tour à tour..[...]c'est bien dommage qu'il soit son propre ennemi".......
-et surtout sa relation à la peinture: quelles étaient ses ambitions et sa conception de l'art. On se rend compte de l'importance de sa relation avec la nature, de l'admiration sans borne qu'il lui voue par les longues descriptions de promenades envoyées à Théo, avant même de s'engager dans la peinture. La nature fut d'abord décrite par Vincent avant d'être représentée par la peinture, et la retranscription de l'émotion a toujours été son objectif.
Isolé et inclassable, Vincent est une figure de génie et a marqué la peinture, ouvrant la voie au fauvisme, à l'expressionnisme...