mardi 11 mai 2010

"Mal de pierres" de Milena Agus


"Mal de pierres" de Milena Agus, Ed Liana Lévi, 2007, 123p.

Une femme sarde souffre de calculs rénaux, qui l'empêchent d'avoir des enfants, mais c'est le moindre de ses maux, car on murmure qu'elle est folle.

C'est pour ça que ses parents l'ont donné au premier homme qui a demandé sa main, non par amour mais par reconnaissance pour leur hospitalité durant la guerre.

Ils forment un couple étrange, sans amour mais pas sans tendresse.

Après une cure dans une station thermale, où elle rencontre un homme qui la marquera toute sa vie, un "rescapé" de la guerre, elle mène enfin une grossesse à son terme.

L'enfant est un garçon, futur musicien de talent international, et père de la narratrice.

Ce court roman interroge le rapport à la réalité et à la fiction mais sans grande inspiration, l'écriture est cependant étonnante, directe et précise, mais pas exceptionnelle.

Je pense que ce récit n'aurait pas supporté d'être plus long.
A conseiller aux expérimentateurs qui ont un peu de temps.

jeudi 6 mai 2010

"L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour" de Joanne et Gerry Dryansky



"L'extraordinaire histoire de Fatima Monsour" de Joanne et Gerry Dryansky, Héloise d'Ormesson, 2009, 333p.

A Paris, une vieille comtesse se voit brutalement privée des services de sa femme de chambre. Cherchant à la remplacer et à faire quelque chose en sa mémoire, elle décide d'engager sa sœur, Fatima Monsour, qu'elle fait venir de Djerba.

La roue tourne-t-elle pour Fatima la malchanceuse, répudiée par correspondance par son mari?

C'est surtout le début des ses aventures sur Paris... l'occasion de voir un choc des cultures finement amené.

Le scénario n'est pas "extraordinaire", ce qui l'est en revanche c'est l'effet de ce petit roman : un remède contre la morosité, on sourit et on se sent bien quand on le lit !
Les personnages sont attachants et l'écriture est fine, sans lourdeur.


A conseiller pour une bouffé d'air, une détente et de la bonne humeur, notamment pour les parisiens.
A déconseiller bien sûr aux amateurs exclusifs de livres "sérieux"

"Intrigue à l'anglaise" d'Adrien Goetz



"Intrigue à l'anglaise" d' Adrien Goetz, Le livre de poche,2008 , 314p

Pénélope, jeune lauréate du difficile concours des conservateurs du patrimoine, est nommée adjointe au musée de Bayeux, chargée d'assister la directrice pour veiller sur la fameuse tapisserie. Las cela n'enchante pas une férue de civilisation Égyptienne-et plus spécialement Copte- bien enracinée à Paris et visant le département spécialisé du Louvre.

Tout se complique rapidement avec la tentative d'assassinat de la "pauvre Solange", directrice de son état, le vol d'une mystérieuse enchère, et l'apparition de fins alternatives à la tapisserie.

Quelles utilisations politiques (actuelles, mais aussi lors de l'époque de la dernière guerre ou encore au temps de Napoléon) pour cette tapisserie?

Pénélope doit donc mener l'enquête, entre Paris et Bayeux voir jusqu'aux frontières de l'Angleterre. Le récit est plein d'humour et se lit très rapidement, on est vite pris dans cette intrigue à l'anglaise, légère et acidulée.


lundi 3 mai 2010

"Notes T.4 : Songe est Mensonge", Boulet



Notes Tome 4 : Songe est mensonge, Boulet, Delcourt, 190p

4ème Tome de son célébrissime blog, Boulet a choisi le thème du rêve et de l'imaginaire comme fil rouge à travers ce recueil de notes pour la période 2007-2008.

On y trouve des réflexions diverses sur le pseudo-monde imaginaire des enfants, et bien sûr sur la différence et les liens entre réalité et fiction.

Les notes sont variées, bien dessinées, et toujours drôles (avec une mention spéciale pour "fiscale fantasy" et "les publicitaires et le surimi")

Les précédents tomes ( 3. La viande c'est la force, 2. Le petit théâtre de la rue, 1. Born to be a larve) sont à lire également d'urgence !

mardi 13 avril 2010

"Rue des Boutiques Obscures" de Patrick Modiano


Rue des Boutiques Obscures de Patrick Modiano, Gallimard, 1978, 214 p.


Un homme, amnésique, part à la recherche de son identité.
Il remonte une trace, rencontre après rencontre, photo après photo... Il croise d'improbables personnages et fait surgir leur passé dans l'espoir de s'y découvrir. Il tente de faire remonter ses souvenirs en se les évoquant, en se les décrivant, pour finalement se rendre compte qu'il a endossé le rôle d'un autre, que la personne qu'il tentait de rejoindre par le souvenir n'est pas lui-même.

Ce roman est une quête, une recherche incessante dans laquelle le "héros" et le lecteur n'obtiennent pas de réponse, mais seulement de nouvelles pistes pour poursuivre la balade. De ce fait, il n'y a pas de fin.

L'auteur mène en parallèle une réflexion sur le passé, ou plus précisément sur le rapport au passé. Comment vivre sans se souvenir? Cependant à quoi bon chercher à tout prix le passé si on ne vit plus au présent?

samedi 10 avril 2010

"Le village de l'Allemand : Ou Le journal des frères Schiller" de Boualem Sansal



Le village de l'Allemand : Ou Le journal des frères Schiller de Boualem Sansal, Gallimard, 2008, 263p.

La narration est assez originale : un frère un peu kaira, vivant dans la cité et ayant failli devenir islamiste radical écrit un journal dans lequel il insère des passages du journal de son frère, ce dernier s'étant récemment suicidé après avoir découvert le passé SS de leur père. L'auteur alterne donc des styles d'écritures bien différents.

Cette situation est un prétexte pour le fond : Boualem Sansal s'interroge ici sur la question de l'héritage et le poids du passé.

L'ainé, en repartant sur les traces de ses parents, assassinés en Algérie, va y découvrir le passé de son père. Entre incrédulité et anéantissement, il va alors retracer ses différentes actions et son implication dans l'holocauste. Cette quête devient une sorte de pèlerinage, un chemin de croix pour connaître et souffrir. Cette culpabilité injustifiée mais insondable d'être le fils de son père va le mener au suicide. Son journal sera transmis à son petit frère qui découvre l'ampleur de la réalité historique du génocide et met ce dernier en parallèle avec la montée de l'islam intégriste des cités.
Cette mise en parallèle finit par être un peu lourde et semble aussi un peu simple. La fin du roman traîne en longueur, l'auteur tourne autours des mêmes thèmes et des mêmes questions sans conclure. Je n'ai pas vu l'intérêt des lettres écrites par le jeune frère à l'administration française, comme des bouteilles à la mer.

Un roman intéressant, qui rend hommage à "si c'est un homme", mais qui n'a pas l'étoffe d'un chef d'œuvre.

jeudi 1 avril 2010

"Saya" de Richard Collasse

Saya de Richard Collasse, Seuil, 2009, 222 p.

Au Japon, dans les années 2000, nous suivons la vie de trois personnages : Jinwaki cadre dans un magasin de luxe et récemment mis au chomâge, Kaori, son épouse, et Saya, jeune lycéenne. Tous les trois vont expérimenter une perte de repères, une sorte de rupture. Jinwaki en perdant son travail, Kaori en n'ayant plus à s'occuper de sa belle-mère suite à son décès, et Saya en joignant sa vie au lycée à la pratique de "rapports subventionnés" pour gagner de l'argent de poche. La narration découpée par trois points de vue , plus ou moins chronologique, est très efficace.

Le roman est prenant, on est vite emmené dans la vie de ces personnages coincés dans leurs situations d'échecs. Le ton est parfois cru, assez violent et tendu mais l'émotion passe et domine l'ensemble.

On se prend de sympathie pour Saya, adolescente japonaise, ayant vécu en France, et qui tombe éperduement amoureuse de son deuxième "client"... sa présence est lumineuse, elle est un peu irréelle avec un côté "fantasme concrétisé" (parlant français, adorant la musique classique et en jouant etc.) mais cela n'est pas trop gênant dans le récit. Jinwaki est aussi touchant dans son incapacité à réagir face à son licenciement, il s'accroche à Saya et vit en marge de sa vie d'avant une histoire d'amour complétement improbable et immorale, mais sincère. Chose surprenante, La sympathie s'étend à Kaori. Cette femme acariâtre fait payer sa vie gâchée et sa frustration par des petites tortures quotidiennes envers sa belle-mère (qui le lui rend bien), et par des dépenses inconsidérées. Elle trouve le réconfort auprès de son chihuahua, Brad, et se cache derrière un strict respect des apparences. On sent la femme désœuvrée, qui , ayant vécu pour une famille dont l'existence se disloque, cherche un sens à sa vie.

La fin est un peu décevante : rapide et saugrenue (ne pas lire si vous n'avez pas lu le livre : ayant trouvé un nouveau travail, Jinwaki part à l'étranger et perd son téléphone, ce qui rompt le contact avec Saya, celle-ci tombe en dépression et finit par se suicider persuadée qu'il l'a oublié, le tout sous les yeux de Jinwaki qui était revenu au Japon et prenait le métro : certes...)

Malgré cela, le roman se lit d'une traite et offre un bon panorama de la société japonaise avec ses conventions et ses contradictions.