lundi 7 juin 2010

"Intégrale T. 13, les années 1971-1976" d'Agatha Christie

Intégrale T. 13 les années 1971-1976 d'Agatha Christie, Edition du masque, 1270p.

Voici les derniers romans d'Agatha Christie :
-Némésis +
Miss Marple se voit confier une enquête par testament. Sans aucune explication la voilà inscrite à un voyage organisé "Demeures et Jardins" à travers l'Angleterre. Elle va employer tout son bon sens à découvrir ce qu'on attend d'elle, et quelles sont les personnes qui l'accompagnent dans ce charmant voyage.
-Une mémoire d'éléphant

Hercule Poirot enquête sur une affaire vieille de plus de dix ans. Un mystérieux double homicide ou suicide? La police avait tranché pour la seconde option, mais l'affaire resurgit quand leur fille souhaite se marier. Peu de véritable suspens dans ce roman, qui reste cependant plaisant à lire.
- Le cheval à bascule
Tommy et Tuppence Beresford viennent d'acheter une maison, pour une retraite bien méritée. Pourtant le grenier et ses livres d'enfants révèlent des surprises, qui les amènent à rouvrir une enquête. L'intrigue est un peu compliquée, et l'on se perd dans des indices qui n'en sont pas forcément. Mais ce vieux couple embarqué dans une affaire qui finit par les dépasser est bien sympathique.
-Le bal de la victoire
Lors d'un bal costumé, un jeune et riche vicomte est poignardé, sa fiancée trouve la mort quelques heures plus tard. La résolution du cas par Poirot est toujours amusante, mais l'histoire n'est pas marquante
-Hercule Poirot quitte la scène ++
Ce roman fut écrit au début de la seconde guerre mondiale, et était destiné à apporter des revenus à sa fille si Agatha Christie venait à disparaître brutalement. Il fut gardé dans un coffre et publié en 1975, et non après la mort de l'auteur comme cela était initialement prévu.
C'est le dernier cas d'Hercule Poirot. On retrouve le détective affaibli, dans une maison de Styles court (lieu de sa première affaire! ), mais il n'est pas si diminué qu'on le croit! Une belle affaire et une belle fin pour le personnage qu'Agatha Christie ne souhaitait pas voir repris par d'autres. L'intrigue est particulièrement réussie et on cherche à faire marcher "nos petites cellules grises" sans percer seul le mystère !!

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La dernière énigme +
Publié en 76, après la mort de l'auteur, c'est le dernier livre où l'on trouve Miss Marple (mais ce n'est pas celui où elle est le plus âgée).
Une jeune femme revient des Indes s'établir avec son mari, et cherche donc une maison en Angleterre. Elle a un coup de foudre pour une petite villa, dans laquelle elle se sent chez elle...mais justement un peu trop...elle devine des portes qui ont été murées... Soudain une terreur inexplicable la prend dans l'escalier. Agatha Christie se lance t-elle dans le fantastique? Pas du tout, et Miss Marple va aider notre jeune fille à se sortir du guêpier dans laquelle son enquête la mène !

dimanche 6 juin 2010

"Crise - La solution interdite" de Pierre Larrouturou

Crise - La solution interdite de Pierre Larrouturou, Desclée de Brouwer, 2009, 306p.

Voici ce qu'on peut appeler un essai militant.
Pierre Larrouturou délivre son analyse de la crise que nous vivons ainsi que de nombreuses propositions pour la combattre.

L'ensemble est écrit de manière directe et facile à comprendre pour le grand public (ce n'est pas du tout réservé aux économistes!), appuyé sur de nombreux graphiques clairs qui illustrent le propos, et accompagné de multiples citations qui permettent de recentrer les idées principales. C'est donc très didactique et aussi rapide à lire (2 soirées pour moi). Tout le monde devrait le lire histoire de se faire une idée, d'avoir un autre son de cloche que les tirades convenues du gouvernement et les critiques historiques des syndicats.

Premières impressions : un vrai coup de neuf et des idées concrètes qu'on aimerait voir appliquées !

Voilà qui donne envie d'aller voir l'évolution des idées sur le site de Nouvelle Gauche, association militante pour la création d'un nouveau pacte social. Son mot d'ordre "mobiliser" car :

“Le monde ne sera pas détruit par ceux
qui font le mal, mais par ceux qui les regardent
sans rien faire.”

———————————————————– Einstein


Résumé des idées clés (je ne mets pas le détail, il faut se reporter au livre!)

Intro : La crise actuelle était prévisible. La preuve : elle était prévue par de nombreux économistes, d'après les niveaux de dette public, et plus encore les niveaux de dette privée (celle des ménages).

Chap. 1 : la crise n'est pas une crise financière.
La partie financière de la crise n'est qu'une conséquence d'une crise plus générale de la société. Il s'agit à la fois d'un manque de consommation et d'un niveau de dette privée trop élevé qui s'expliquent par un ralentissement historique voire une stagnation du niveau des salaires, du à l'absence de pouvoir de négociation sur lesdits salaires à cause de la pression du chômage. Face à un ralentissement de l'augmentation des salaires, et à l' inflation (certes maîtrisée mais cependant présente) : le pouvoir d'achat des ménages diminue , ce qui est à l'origine de l'explosion de la dette des ménages. L'emploi et le niveau des salaires sont au cœur du problème.

Chap. 2 : Des conséquences graves :
1) La crise sociale porte en germe des violences de la part de la population (émeutes de 2005, révolte à Athènes etc. ) mais aussi de la part des Etats (La Chine a augmenté de 15% son budget militaire en 2009, une grave récession pourrait provoquer une misère sociale et dégénérer).
2) La crise a également des conséquences sur le confiance dans les dettes des Etats. (on voit aujourd'hui que la confiance dans la dette des États est effectivement mise à mal avec la crise grecque notamment) Des Etats ont déjà été en faillite et suspendu le payement de leur dette... Que se passerait-il si les Etats-Unis dont la dette est la plus élevée au monde étaient en faillite?

Chap. 3 : la mondialisation n'est pas coupable.
Certes les délocalisations existent et ont des conséquences locales graves. Cependant au niveau national elles ne sont pas du tout responsables de 4 millions de chômeurs que connait la France (chiffre tenant compte de l'ensemble des catégories de chômeurs) : La production industrielle continuait en effet d'augmenter au niveau national jusqu'en 2007, il n'y a donc pas à priori de destruction d'emploi au niveau national.
La France s'est sort bien dans la mondialisation-du moins pour le moment- c'est le deuxième pays, après les USA, a attirer les investissements étrangers. La balance commerciale était excédentaire jusqu'en 2003 et elle est toujours excédentaire pour la zone Hors-Europe (en 2008).

Chap.4 La crise écologique.

La crise écologique ne se limite pas au réchauffement climatique du aux gaz à effet de serre ("s'il fait un peu plus chaud, quel problème?"), elle concerne la multiplication des phénomènes de sécheresse, d'inondation, de tempête, la disparition de certains glaciers etc, la disparition de certaines énergies fossiles etc. L'accès à l'eau est déjà source de conflits et de flux de population, cela va s'accélérer: on estime que le dérèglement climatique pourrait provoquer le déplacement de 200 millions de personnes et coûter 5500 milliards d'euros selon un rapport de 2006 de Nicholas Stern, ancien chef économiste de la banque mondiale. Notre niveau de consommation actuel est supérieur à la capacité de renouvellement des ressources , et cela, sans compter le développement de la Chine, l'inde, l'Afrique qui rattrapent leur retard de développement, consommation et pollution..
la crise sociale et financière ne doit pas servir de pretexte pour oublier la crise écologique.

Chap. 5 . La Croissance n'est plus la solution (voilà une pensée audacieuse !!)
Contrairement à tous les dogmes " il faut que la croissance revienne pour que le chômage se résorbe, etc" Pierre Larrouturou développe cette idée novatrice. La croissance permettrait effectivement de faire baisser le chômage si elle était supérieure 3% par an, or si l'on regarde l'évolution de la croissance avant la crise on observe qu'elle était déjà assez loin de de niveau. Depuis les années 60 elle baisse globalement, sauf durant la période de 97 à mi-2001 où elle a été boostée par un pétrole bon marché et un euro faible (facilitant les exportations). A partir du moment où l'euro s'est mis à remonter au cours de 2001, la croissance s'est tassée.
La baisse du chômage durant cette période vient donc en partie du contexte extérieur, mais aussi de l'augmentation des dispensés de recherche d'emploi (pour les chômeurs de + de 55ans) et par l'augmentation des "chômeurs invisibles", non comptabilisés. Une partie seulement s'explique par la création des emplois jeunes (env 273 000) et par la création des 35 h (330 000 env, les chiffres sur la création d'emploi des 35 h ont fait couler beaucoup d'encre, il est difficile d'appréhender réellement leur impact)
Pourquoi le dogme" croissance = solution" ? c'est un courant de pensée qui date du début des années 70, quand la croissance était supérieure à 5%, c'est à ce moment que la plupart des dirigeants actuels ont été formés. Depuis l'informatique a crée une nouvelle révolution de la productivité, qui change complétement la donne.

Chap. 6 Comment dégager 30 milliards de marges de manœuvre?
1) créer un impôt européen sur les bénéfices (qui ne plomberait pas la compétitivité, car en moyenne, les bénéfices sont taxés à 25% en Europe et à 40% aux USA), ce qui donnerait également des règles communes et éviterait le dumping fiscal entre les pays européens.
2) créer une écotaxe
3) concrétiser la Taxe Tobin (sur les transactions financières à court terme au niveau européen)
4) revenir en France sur le bouclier fiscal et la loi TERA (dégagement d'env. 14 milliards d'€)

Chap. 7 Introduire des normes sociales et environnementales dans le commerce mondial
La Chine a signé de nombreuses conventions avec l'OMC, mais ne les respecte pas. Avec la montée en technicité de la Chine (fabrication d'avion, de train..)et son dumping salarial, le commerce international risque d'être prochainement extrêmement défavorable à l'Europe. Il ne s'agit pas de sombrer dans un protectionnisme stérile, mais de favoriser le développement.
Par exemple en donnant un délai de 3 ans pour la mise en place concrète de mesures sociales et environnementales, et si elles ne sont pas respectées, les produits seront taxés, le montant de cette taxe serait réservé au financement d'aides à la retraite dans ces pays ou la réalisation de projets de protection de l'environnement.

Chap. 8 mettre en place un traité de l'Europe sociale
comme le traité de Maastricht, il y aurait 5 critères à respecter (par exemple à partir de 2015) sous peine de pénalités (qui alimenteraient un fonds social):
- taux de chômage < à 5% -taux de pauvreté < à 5% - taux de mal logés < à 3% - taux d'illettrisme à l'âge de 10 ans < à 3% - aide publique au développement > à 1% du PIB
Voilà des objectifs qui pourraient mobiliser les européens, et les faire recroire en l'Europe. Une étape indispensable avant la création d'une Europe politique.

Chap. 9 augmenter la sécurité professionnelle.
Le fameux modèle Danois de flexi-sécurité n'est pas applicable tel quel dans les autres pays.
Pourquoi ne pas créer un bonus/malus antiprécarité par branche? Les entreprises d'une même branche employant plus de personnes en Intérim ou en CDD devraient pénalisées par rapport à celles qui créent des emplois sécurisés.
Les très petites entreprises devraient être aidées à créer de l'emploi, pour leur 1r ou 2e emploi créé.

Chap. 10 multiplier par 3 le budget logement
Les loyers ont augmenté beaucoup plus rapidement que les salaires et pèsent lourd dans la baisse du pouvoir d'achat des ménages. Ces loyers augmentant à cause du manque de logements disponibles. D'après la fondation Abbé Pierre, il faudrait construire 800 000 nouveaux logements par an pour sortir de la crise, or l'objectif du gouvernement est seulement de 500 000 et il n'est même pas atteint (moins de 400 000). Le secteur du bâtiment va perdre des emplois alors qu'il devrait embaucher! Pourquoi ne pas utiliser le fond de réserves des retraites (30 milliards) pour financer ces constructions, plutôt que de le placer sur des marchés financiers, où il risque de perdre brutalement de sa valeur à partir de 2010, quand les baby-boomer américain vont partir à la retraite et vendre leurs actions? Cette solution a été utilisée aux Pays-Bas où 50% du parc de logement est la propriété de syndicats et de coopératives. Le prix du loyer devrait être fixés par les eux et non pas par le prix du marché

Chap. 11 déclarer à la guerre au dérèglement climatique.
Perte accélérée de la biodiversité, disparition annoncée de certains glaciers, multiplication des sécheresses etc. le dérèglement climatique n'est pas une question d'augmentation d'indice de la crème solaire !
1)Une taxe sur l'énergie est nécessaire, mais pour qu'elle soit socialement acceptable il faut la penser un minimum. La taxe carbone manquait de clarté et de justice. Pourquoi ne pas créer d'abord un chèque vert (d'environ 130€ par ménage) versé aux particuliers, puis une taxe en fonction de la consommation d'énergie. Le prix de l'énergie doit augmenter pour permettre une véritable économie de cette dernière, mais cet effort ne doit pas se reporter brutalement sur les ménages les plus modestes.
2) rendre obligatoire un diagnostic thermique et un haut niveau d'isolation lors de la vente d'un logement.
3) développer les énergies renouvelables : 90% de l'électricité utilisée en Europe pour le chauffage est utilisée par la France! Or son rendement énergétique est très mauvais. Les énergies renouvelables et les productions alternatives de chauffages (biomasse etc.) devraient être développées. Des milliards ont été mis pour développer le nucléaire, il faut donner au moins autant de moyens pour les énergies alternatives.
4) créer un service civil européen ayant vocation à participer à des projets de sauvegarde de l'environnement.

Chap. 12 Partager le temps de travail
La productivité a augmenté de manière très forte depuis 74, et en parallèle la population active a augmenté, de ce fait l'écart s'est creusé entre l'offre et la demande de travail (d'environ 33%). Si la durée du travail avait en parallèle baissé de 33% depuis 74, le taux de chômage serait resté à peu près stable. Mais la durée du travail s'est maintenue.
La tentative de passer à 35h (l'objectif était de passer à 32h par la suite) a été un échec : selon l'INSEE la durée réelle d'un temps plein est de 41h en moyenne ( en 2008).
Pourquoi? parce que les négociations de la deuxième loi Aubry n'ont pas exigé la création d'emploi pour bénéficier des exonérations (70 milliards de francs en exonération), que la définition du temps de travail a été modifiée, et qu'il n'y a eu aucune obligation d'aller réellement à 35h.
Malgré cela, cette réduction du temps de travail (de l'ordre de 4%) a créé environ 350 000 emplois.
Pourquoi ne pas reprendre le processus, en créant la semaine de 4 jours ( 32 h) qui permettrait à elle seule de créer 1 600 000 emplois?
Il faudrait pour cela financer la création d'emplois en exonérant de 8% , mais seulement si il y a une baisse effective de la durée du travail ET au moins 10% d'embauche en CDI. Cette journée dégagée pourrait également permettre d'améliorer significativement la formation continue. La réorganisation du travail avec la semaine de 4 jours est possible pour les entreprises, même de petite taille.Elle est déjà en place pour 400 entreprises. Elle permet également de mieux gérer les coups de feu et les imprévus. Son impact au niveau macroéconomique a été calculé par Patrick Artus directeur des études économiques à la caisse des dépôts en 93 et il a attesté de sa faisabilité pratique.
Cette évolution du temps de travail n'est pas une abbération, entre 1870 et 1970, le temps de travail a été divisé par deux ( semaine de 7 jours, à 12h/j ->semaine de 5 jours à 8h/j) et depuis 1970, la durée du travail stagne alors que la productivité a augmenté !

Chap. 13 La solution interdite ?
résumé des différentes propositions et explication du blocage.

"Cité de verre" de Paul Auster


Cité de verre de Paul Auster, premier roman de la trilogie New-yorkaise, Babel, 1991

Grande rencontre avec Monsieur Auster avec Cité de verre.
On plonge littéralement dans ce roman. On s'amuse à établir des parallèles, à reconnaître des clins d'œil.
Par exemple on pense à Borges avec le jeu d'illusions que met en place Auster, entre le "vrai" et l'irréel, mais aussi avec les multiples références culturelles (Héraclite...), cependant c'est un peu moins "labyrinthique", il y a plus de narration. Le jeu est ici au service de l'histoire.
On pense aussi à Lewis Carroll ou à Cervantès.
Paul Auster, écrivain lui-même, est présent comme personnage, mais tous les personnages sont son double et tout particulièrement Quinn.

Dans la première partie : l'écrivain joue au détective, il rencontre deux "fous"(ou trois?) qui lui confient une mission. Un adulte, handicapé-traumatisé, et sa femme qui lui demande une protection car le père de ce dernier va sortir de prison où il se trouvait pour avoir enfermé son fils durant de longues années coupé de tout contact. Ses observations sont notées dans un cahier rouge. Il cherche à comprendre le mystère du père. Il y a une réflexion sur le langage qui remonte jusqu'à Babel, et à un éventuel langage divin. Dans l'optique de retrouver le langage originel, des expériences sur des enfants sont analysées et ...reproduites.

Dans une deuxième partie : Quinn sombre. Il devient "fou" lui aussi. Il ne cherche plus à comprendre, et se détache de plus en plus de son ancien moi. On assiste à une dépossession à la fois matérielle et psychique lors d'un guet inutile qu'il mène durant des mois devant une maison dans l'optique de protèger ses habitants (qui ne se trouvent plus là). Il devient SDF. Quand il comprend qu'il n'y a personne, il n'y pas de machine arrière possible. Il est entretenu dans la maison vide où on lui fait mystérieusement parvenir de la nourriture. Il a perdu tout réflexe humain, sauf l'écriture. La seule question qu'il se pose est celle de la fin du cahier rouge.

Les personnages sont intenses. L'écriture est efficace. On est vraiment embarqué dans l'histoire et dans cette réflexion. On lit d'une traite, pris, même lors des divagations des personnages. Étonnant et Détonnant.

jeudi 3 juin 2010

Le cycle de "L'assassin royal" de Robin Hobb


Cycle de l'assassin royal de Robin Hobb. Edition anglaise, 3 livres : 1. Assassin apprentice 2. Royal assassin 3. Assassin's Quest. Parution entre 1996 et 2004. Edition française "J'ai lu", 6 livres (au lieu de trois, ce qui n'a aucun sens, à part bien sûr un sens commercial aigu) 1. l'apprenti assassin 2. l'assassin du roi 3. La nef du crépuscule 4.Le poison de la vengeance 5.La voie magique 6. La reine solitaire.

Une nouvelle découverte (pour moi, car tous les lecteurs de fantasy connaissent Robin Hobb) !
C'est avec passion que je me suis laissée entraîner dans le cycle de l'assassin royal.

Nous sommes dans les six duchés, un monde médiéval fantastique proche du notre.
L'art et le vif sont les deux éléments vraiment fantastiques de ce monde : le premier est le pouvoir de l'esprit, au niveau le plus basique pour communiquer des informations, mais pouvant aller jusqu'à la manipulation des sensations et de la personnalité, l'apprentissage de l'art est souvent réservé à la famille royale.
Le vif est la magie animale, maudite dans certaines contrées, acceptées ailleurs, c'est un lien avec les animaux qui peut être extrêmement fort avec un animal en particulier au point que l'homme et l'animal deviennent inséparable.
La famille des Loinvoyants régne sur Les six duchés et ces derniers, sont confrontés à des menaces extérieurs avec l'attaque des pirates rouges, sans compter de graves problèmes internes..

Robin Hobb a su créer des personnages très réussis : humains, vivants, colorés, variés. On est loin de certains livres pauvres en personnages et qui plus est remplis de manichéisme. On rentre facilement dans l'histoire, bien racontée, avec suspense, et un entrelacement entre l'histoire des personnages et l'Histoire des six-duchés. On trouve également dans ce cycle une analyse fine des pouvoirs politiques, une réflexion sur le pouvoir et sa responsabilité.

Le style est très agréable, mais ne convient pas aux "jeunes lecteurs" (en gros, c'est pas parce que c'est de la fantasy que c'est pour les enfants ! Je parle seulement d'un point de vue de facilité de lecture, faut pas se faire des idées ^^)

Un cycle à lire pour tous les amateurs du genre Fantasy.

Par curiosité :
Site des fans français de Robin Hobb

Blog francophone officiel de l'auteur


Site officiel de Robin Hobb (en anglais)
on y trouve dans la partie question/réponse des explications et des réflexions très intéressantes sur le métier d'écrivain.

"Le parfum d'Adam" de Jean-Christophe Rufin

"Le parfum d'Adam" de Jean-Christophe Rufin, Flammarion, 2007, 538p.

Construit comme un roman d'espionnage, le parfum d'Adam tente de faire dans l'original par la nature de la menace : l'écologisme radical.

L'auteur, pourtant documenté- comme le montre une postface pleine de l'ambition de faire le tour du sujet - semble singulièrement caricatural dans ce domaine.

Il a écrit ce livre pour médiatiser la menace des écolos radicaux. Noble but, il est vrai que des mouvements violents existent chez les écolos et que les mesures extrémistes sont à combattre.

Emprunt d'un souci didactique, il nous explique ensuite la différence entre le bon écolo et le mauvais écolo. C'est là personnellement que ça se gâte : les bons écolos ont vision humaniste "restaurons la nature pour l'homme " et les mauvais écolos, les cinglés, sont anti-humanistes (bien sûr) et pour eux l'homme n'est qu'une espèce parmi d'autres et ne devrait pas avoir tant de droit sur la nature etc. Dans le livre ces écolos là pensent directement à tuer des gens pour soulager mère planète et bien sûr ils prennent pour cible des pauvres, qui n'arrêtent pas de faire des enfants que dame nature ne peut plus nourrir, histoire que ce soit encore plus révoltant.

Bref considérer que l'homme est bien une espèce parmi d'autre, et que son pouvoir destructeur devrait être contrôlé, amène automatiquement à l'envie d'une épuration de masse. Je m'inquiète.

Mais passons, revenons à "l'oeuvre" d'un point de vue littéraire :

Les personnages sont stéréotypés comme je l'ai rarement vu, il y a un héros (médecin et ex espion, comme l'auteur...) et une héroïne d'une beauté " étourdissante" (femme au foyer et ex espionne), tout cela à de forts relents d'harlequin. Comme les personnages secondaires, ils n'ont pas vraiment de liens avec d'autres personnes, rien n'influe sur leurs décisions à part eux mêmes (et les méchants).

Barbie et Ken, heu pardon Paul et Kerry, reforment leur équipe d'antan pour une nouvelle mission de lutte contre le terrorisme, mais cette fois ci ils travaillent pour un organisme privé, Providence. Bien entendu ils ont une aventure ensemble, due aux moments magiques de leur mission. Ce n'est pas là dessus que l'on sera surpris. On entend l'auteur fantasmer à plein régime.

Au niveau du scénario, l'intrigue est un peu longue à se mettre en place et on devine la fin bien avant la fin du livre.

Bref un roman manichéen , qui décrit bien les difficultés liées au monde des services secrets, mais sans trop de suspens, et pas très bien écrit. Je le déconseille.

lundi 31 mai 2010

"Les pilules bleues" de Frederik Peeters

"Les pilules bleues" de Frederik Peeters, Atrabile, 2001, 200p.

Autobiographie d'une relation qui vit au travers du sida, mais sans misérabilisme. Frederik Peeters fait vivre cet extrait de son histoire avec fraicheur, sans niaiserie mais sans non plus éviter les questions douloureuses. C'est aussi la vision d'un homme sur une femme et sur son couple, l'ambiance d'une petite ville de Suisse et de sorties d'adolescence plus ou moins longues.

A lire !

jeudi 27 mai 2010

"Tout est bien qui finit bien" de Shakespeare

Tout est bien qui finit bien de Shakespeare, collection Bouquins,
œuvres complètes Tragicomédie T.1

Etrange pièce :
Hélène, fille d'un médecin décédé vit chez une comtesse qui la considère presque comme sa fille. La comtesse a également un fils, Bertrand -sic-, de tournure agréable etc.
Bien naturellement Hélène est follement amoureuse de Bertrand et ce dernier ne la voit même pas.
Bertrand est appelé à la cour du roi mourant, Hélène le suit à la cour discrètement et décide de proposer une formule miracle inventée par son père pour le remettre sur pied. Le roi guéri lui permet de choisir l'époux de son choix. Mais Bertrand la refuse, et soumit au mariage par le roi, décide de fuir et de ne jamais consommer le mariage. Hélène, loin d'être en colère, s'en veut d'avoir éloigné son amour de sa mère et de la cour et de l'avoir mis en danger -car il est parti au front. Elle décide donc de partir en pèlerinage à pied pour lui donner l'occasion de revenir. Certes.
Comme le hasard fait bien les choses, son pèlerinage la mène au front et elle discute avec une veuve et sa fille Diane. Celle-ci est bien embêtée car un certain Bertrand lui fait une cour assidue et pressante. Petit stratagème : l'épouse malheureuse remplace Diane dans le noir et récupère aussi la bague de la famille au passage. sitôt fait, Bertrand apprend une rumeur comme quoi son épouse est morte, il saute de joie et retourne à la cour où on lui promet un bon nouveau mariage avec une noble cette fois. Mais- pauvre Bertrand- sa femme et Diane le suivent et finissent par révéler sa perfidie devant la cour. Au lieu d'être pendu ou de connaitre un sort misérable, il accepte de se remettre avec sa femme.

Très grivois, même pour du Shakespeare, avec des personnages bien connus de bouffon et de flatteur qui se glissent dans le scénario. Mais "tout est bien qui finit bien" n'a pas de souffle. Et le scénario est vraiment pauvre. Très décevant. Moi qui avait adoré les comédies dans la même collection Bouquins, je me pose maintenant des questions sur les tragicomédies..